Julien déprogramme tranquillement l’obsolescence


Julien est un informaticien amateur qui aime aussi le bricolage. Il possède chez lui plusieurs ordinateurs qui lui servent de poste de travail, de centre de médias, etc. Le matériel est plus ou moins récent. Un jour, son écran 4/3 de cinq ans d’âge, d’une marque connue, qu’il utilise pour son poste bureautique, montre des signes de faiblesse. Lors d’une visite chez un réparateur agréé, on lui assure qu’il n’y rien à faire…

Mais, c’est un écran de bureau ?, s’étonne le technicien. On ne répare que des écrans de portables.
– Ce n’était pas précisé sur votre site web, rétorque Julien.
– Vous êtes le premier en 5 ans à nous apporter un écran de bureau. Au prix où ils sont, vous feriez mieux d’en acheter un neuf.
– Impossible, je cherche un modèle similaire (4/3 en 1600×1200), aujourd’hui il n’y a plus que des résolutions full HD (16/9 en 1920×1800) à des prix raisonnables.
– Alors cherchez-en un d’occasion. Nous, et les autre réparateurs d’ailleurs, ne prendrons pas le risque de vous le prendre, ces réparations sont trop peu demandées pour qu’on s’y investisse.

Situation banale : ce genre de « conseil » est prodigué à pas mal de gens. Cependant, et c’est là un point important, Julien résiste à l’injonction : pas question de renoncer. C’est alors qu’il se souvient du reportage de France 2 sur l’obsolescence programmée, dans le cadre de l’émission Cash Investigation, dans lequel le constructeur de son écran est particulièrement mis en cause. Apparemment, cet industriel est connu pour la détérioration rapide de certains de ses matériels, une situation pourtant parfaitement légale au regard de notre droit de l’environnement quasi-inexistant. En effet, il suffit d’utiliser une poignée de condensateurs bas de gamme, disposés pour ne rien arranger dans les parties les moins recommandées (proches des radiateurs, où la température est la plus élevée, ce qui diminue leur longévité) et le tour est joué : pour la plupart des gens, la durée de vie de leur écran est réduite à quelques années.

[pullquote align= »right »] »Même si tout à l’air bien documenté, se lancer dans une réparation demande de passer outre certaines réticences : afin d’accéder à la carte électronique de l’écran, il faut ouvrir celui-ci en force. »[/pullquote]

Le faisceau de preuves se resserre : Julien décide de regarder sur Internet, pour voir si, par hasard, d’autres personnes ne rencontreraient pas les mêmes difficultés. Non seulement il trouve une liste de produits de ce constructeur connus pour leurs fragilités, mais aussi des manuels complets de réparation, dont les plus célèbres se trouvent sur les sites CommentRéparer (en français) et iFixit (en anglais), souvent assortis de vidéos explicatives. Cependant, même si tout à l’air bien documenté, mettre la main dans ce « cambouis » demande de passer outre certaines réticences : afin d’accéder à la carte électronique de l’écran, il faut ouvrir celui-ci en force car il s’agit d’un montage de coque plastique sans vis. Heureusement, une pression douce et ferme sur les chevrons suffit.

Sa carte électronique en main, Julien se rend alors dans un magasin de composants électroniques où il reçoit un accueil bien différent de celui qu’il a reçu de la part des « réparateurs agréés » : le vendeur lui indique quels condensateurs remplacer ! Il en achète une poignée pour 5 euros. Reste tout de même à effectuer la manipulation : il s’achète un fer à souder pour 45 euros (il s’en resservira) et rentre chez lui. Après avoir pris des cours de soudure sur Internet grâce à un tutoriel en vidéo (en anglais, avec le premier chapitre sur les outils à acheter et le deuxième chapitre sur les techniques de base), il se lance dans la manœuvre et remplace un à un les condensateurs défectueux. Après remontage, l’instant de vérité approche : il allume l’appareil, et l’écran fonctionne ! Victoire.
 


 
Quelle est la morale de cette histoire ? Avoir la volonté de résister à la voix insistante qui murmure qu’il suffit de jeter et de payer encore pour avoir la belle vie ? Oui, c’est le premier pas. Ensuite, il faut un peu de talent de bricoleur, ou bien se faire aider par d’autres : l’éducation, ne serait-ce pas aussi une des missions possibles des fablabs qui essaiment à Paris, Toulouse et bien d’autres endroits en France ? Et puis, pour ceux qui ne veulent pas se lancer dans la réparation électronique, il reste bien d’autres façons de déprogrammer l’obsolescence des objets : par exemple, la pâte Sugru, avec ses allures de jouet pour enfants, permet un nombre incroyable d’applications pour tout réparer dans la maison.

Imaginer, faire, et s’amuser aussi par la même occasion, voilà un programme qui s’inscrit loin, bien loin de celui de notre société de consommation à bout de souffle et de ses programmateurs d’obsolescence légaux ! Et vous, comment déprogrammez-vous l’obsolescence ?

(Article inspiré d’un article écrit pour GreenIT.fr.)
 


A propos David Bourguignon

Consultant en innovation, je possède 15 ans d’expérience dans la recherche industrielle et académique. Je mets volontiers les mains dans le matériel informatique et les problèmes de logiciels des PC sous Microsoft Windows et Linux... À bientôt ! :-)